Ultra des coursières : Une course pas virtuelle

Un titre bizarre me direz-vous?
La première raison c’est que pendant 2 mois je me suis entraîné en vue de mon marathon annuel… Le marathon de Lyon. Autant dire que son annulation 1 semaine avant la course a jeté un froid. Le 26 avril, j’ai remplacé mon marathon virtuel par une sortie de 3h en rando-course dans les monts du lyonnais.
La deuxième raison… je vais vous la laisser la découvrir dans la suite de ce récit.

Plus de marathon. Les autres sont soit complets, soit sont trop loin. J’avais depuis quelques mois le dépliant des coursières. Au début je me suis dit que je pouvais remplacer le marathon par la distance de 43km. Mais une petite voix intérieure me disais: « C’est un signe, c’est le moment, essaye le 102km, tu ne le regretteras pas! ».
Bon, le problème, c’est que j’allais faire en une journée plus que le dénivelé cumulé réalisé depuis le début de l’année (à cause de la préparation marathon)… il va falloir gérer.
Après le dépoussiérage du sac et des bâtons, plus 2 sorties d’acclimatation, je me décide à m’inscrire à l’ultra (Une boucle de 102km avec 4000m de D+).
Bricoleur informatique à mes heures, je décide que cette épreuve sera pour moi l’occasion de tester mon programme de prévision de mes temps de passage.
A partir du tracé du parcours (fichier GPX), je sélectionne une courbe de vitesse (en fonction de la pente), j’introduis la notion de difficulté de certain passage et surtout un coefficient de fatigue dans le temps. Tous ces paramètres me permettent d’obtenir mes prévisions de passage. Aussi bien que les meilleurs prévisionnistes de météo France (c’est dire) happy smiley
En sortie de ma belle moulinette j’obtiens un fichier que je peux charger dans mon GPS (un forerunner 205).
J’ai décidé de courir avec mon partenaire virtuel. Lui! Il fera le parcours en 14h01 exactement. Moi! Je vais essayer de le suivre…

Samedi 3h30. Je me réveille avant la sonnerie du réveil. Frais et dispo. Pas de stress. Les sacs sont prêts (courses et ravito).

5h00 : Je récupère mon dossard. Je discute avec Pierre et Jean-Pierre des coureurs avec lesquelles j’ai fait le tour du mont blanc en 4 jours. L’ambiance est zen. Personne n’a l’air vraiment stressé.

5h50 : Brieffing de l’organisation. Le parcours est bien celui annoncé et la météo est clémente. On sort de la salle pour allez sur la ligne de départ. Le jour va bientôt se lever.

6h00 : Départ tranquille. Un petit groupe se détache. Les hostilités sont lancées.
1km après la sortie de Saint Martin en haut commence les premiers vrais chemins. La clarté est suffisante et je décide de laisser ma frontale dans le sac.
Jusqu’à Yzeron, le premier ravitaillement liquide, le circuit est roulant. Le levé du jour, donne à ces chemins en sous-bois une ambiance particulière.
On arrive au ravito en petit groupe. Mon partenaire virtuel est dans mon tempo. A partir de là, je ne connais plus le parcours. C’est la découverte. Heureusement la fonction « Profil » de mon forerunner me permet de me situer dans le dénivelé. A partir de là on chemine dans les bois en alternant les chemins forestiers et les chemins de randonnée (très nombreux dans cette zone).
Vaugneray, début d’une belle remontée vers le col de Maval. Je suis seul. Je monte en rythme avec les bâtons. N’ayant pas de repère sur la distance j’ai décidé de faire les montées en marchant avec les bâtons. J’espère monter à 800m/h.
Au col de Maval, je passe tranquille. A partir là j’entame une redescente dans la vallée suivie d’une remontée vers le ravitaillement du 33km. Je suis en osmose avec mon partenaire virtuel.

33km – Saint Clair : C’est le 1er ravitaillement solide du parcours. Il fait suite à une très belle montée dans les bois. Mon partenaire virtuel a décidé de prendre un peu d’avance (5 minutes). Bon il faut dire que j’ai oublié de lui dire qu’il faut s’arrêter au ravitaillement (c’est une coutume). Ce n’est pas grave, je le rattraperais plus tard…
A partir de là c’est une suite ininterrompu de montée et de descente. La route est limité au strict minimum. Juste ce qu’il faut pour relier un chemin à un autre. Le soleil commence à cogner. Je commence à accuser le coup. La chaleur en course, je n’aime pas! Les jambes deviennent lourdes. Tout doucement mon partenaire se fait la malle.

Au 45km – Duerne : Le ravito liquide me permet de recharger les batteries. On quitte les bois pour la campagne.
En ce samedi de Mai, je pense que tout les agriculteurs de la région ont du se donner la même consigne: « Aujourd’hui, c’est épandage du fumier ». En temps normal, cela ne me gêne pas, mais avec l’effort j’ai l’odorat affuté et je suis obligé de forcer le pas dans les zones « contaminés ».
Le lac du barrage de la Gimond est pour un signal pour moi. Je sais que je ne suis plus très loin du ravitaillement du 62km avec sa barrière horaire à 10h15. Le problème c’est que j’ai sous-estimé la distance et la difficulté. J’ai l’impression de me trainer, je trouve le temps long et je ne vois pas le village à l’horizon. Après de multiple tour et détour on m’annonce le ravito à 800m. Le moral remonte.

62km: St Symphorien/Coise : 8h30 de course. Mon partenaire a décidé de ne pas m’attendre. Il a 30 minutes d’avance sur moi. Qu’il parte! Qu’il me laisse! Moi j’en profite pour recharger les batteries. Du coca, de la badoit, des sandwichs à la vache qui rit et même de la soupe de pate. Tout y passe. Après 1/4 heure de pause je repars tranquille. Au ravito on m’a prévenu : « à partir de là cela commence à être chaud ». Je regarde le ciel. Apparemment il ne parle pas du temps car le ciel devenu couvert et le vent c’est levé. On verra…
J’attaque la montée, j’ai de bonne sensation. On forme un groupe de 3. En haut de la cote j’ai des fourmis dans les jambes. Je quitte le groupe en leur disant « à tout à l’heure, je me sens des ailes je veux en profiter… ». J’ai le moral au taquet, je me sens invincible, je vais tous les manger…

La grosse montée suivante me calme tout de suite. Tout compte fait je les mangerais plus tard…
Je monte en rythme, je suis concentré (voir même que j’ai débranché le cerveau). Arrivé à un hameau la montée se termine. Je vois une belle montée en face au milieu des champs. Ayant toujours mon cerveau en mode veille profonde. Je fonce vers la montée. Bizarre! Pas de rubalise, pas de flèche avec un « C », pas de panneau. Bon le terrain est peu propice au marquage. Je continue. La montée se termine j’attaque une belle descente assez caillouteuse, je l’aime bien cette descente. Au loin j’entends le bruit d’une route. J’arrive à la route! Je sors du mode veille profonde et commence à réfléchir (un peu).
Une route avec de la circulation, pas de flèche au sol, pas de rubalise, pas de signaleur… Eureka! Je viens de trouver. Je suis en plein « jardinage ».
Demi-tour! La descente que j’avais bien aimée, là je ne l’aime plus. Je remonte. En remontant je rencontre Stéphane, un coureur qui comme moi avait mis son cerveau en veille (un de ceux que j’avais quitté quelque temps auparavant). On fait le chemin inverse jusqu’au hameau. Là on retrouve le marquage. On en profite pour récupérer deux « brebis » qui allaient s’égarer. Et nous voilà de nouveau en course en petit groupe. Mes 2 nouveaux compagnons ayant un peu plus de jambes que nous, nous quittent après nous avoir remerciés. Me voilà avec Stéphane. Son genou le gêne un peu en descente. Je reste avec lui. Mon compagnon virtuel ayant décidé de faire sa vie dans son coin, j’ai le temps. Dans une descente, alors que nous allions à la vitesse de l’escargot au galop. Une fusée à la barbe blanche nous double. Waouh! C’est un V3, un l’américain qui a fait plus de 15 Western States dont 10 en moins de 24h (ce qui lui donne le droit de porter un belle ceinture commémorative). Celui là, il court peut être en première, mais du début à la fin ça doit être une horloge.
Un peu avant le ravito du 76km mon Forerunner me dit qu’il a faim. J’ai prévu le cas. J’ai dans mon sac un petit chargeur à pile. Arrivé au ravito, je raccorde mon GPS au chargeur. Mon partenaire virtuel ayant 11km d’avance sur moi, je mets mon Forerunner dans une des poches bidon de mon sac.
Je fais le plein de la poche à eau. Du coca, de la badoit, du saucisson, une petite soupe de pâte (bien salé). C’est bon, le goret est plein, je repars avec Stéphane. Tranquille, tel 2 touristes moyens, on discute. Dans la montée je vois au loin mon papy trailleur qui prend la tangente. Euh!!! Je crois que l’on c’est encore trompé happy smiley
Heureusement on n’a fait que 200m de trop.
Plein de bonne résolution on récupère le parcours. On reprend la montée. Le parcours est vallonné et il alterne entre campagne et bois. Dans une montée en plein bois on croise des membres de l’organisation (à plusieurs endroits du parcours ils sont venus à notre rencontre afin de prendre de nos nouvelles, nous encourager…). Nous discutons un peu en ensemble et ils me demandent si je connais le parcours. Je réponds que je le connais à partir de Ste Cathérine. Il m’indique que d’ici peu je devrais arriver en terre connus et que d’ici là le parcours est super. Après avoir remercié nos G.O. nous reprenons notre course. En sortant du bois, nous arrivons à la fin de l’ascension. Nous croisons un chemin. Je vois au loin le Pilat et en dessous la vallée du Gier. Yesss!! On a récupéré le GR7, on est sur le parcours de la Saintélyon, un peu avant Ste Catherine. Bon, il reste quand même entre 15 et 20 km, j’essaie de ne pas m’emballer, mais cela sent quand même l’écurie.
Je prends le GR avec le moral gonflé à bloc. Une petite musique narquoise sort de mon Forerunner. Elle m’indique que mon partenaire virtuel vient de tranquillement finir sa course. Et bien qu’il aille prendre la douche, se taper un bon gueuleton et faire une sieste car moi je suis plus pressé. J’ai le temps !!! Mais bon, la prochaine fois je lui lesterai un peu plus les pieds afin qu’il fasse le parcours avec moi (c’est qui le chef!).

Un peu plus loin des amis à Stéphane nous rejoigne afin de faire le bout de chemin ensemble. Un peu avant le camping du Chatelard, nous croisons un concurrent en détresse. Il a des problèmes gastriques. Un des accompagnateurs de Stéphane décide de le prendre en charge et nous dit de continuer.
Sur la Saintélyon, le camping du Chatelard indique la redescente sur Ste Catherine avec dans le village le ravitaillement. Nos G.O., dans un accès de bonté on décidé que ce chemin était un peu trop direct. Un panneau nous indique que nous devons tourner à droite. Là, ce détour, je ne le sens pas… Cela sent le traquenard!
Cinquante mètre plus loin un autre panneau nous indique qu’un contrôle des sacs va être réalisé.
Nous trouvons au début de la descente, le fameux contrôle. Frontale, couverture de survie, sifflet… c’est tout bon. J’en profite pour boire un peu d’eau gazeuse, de manger quelques tranche de saucisson et de faire quelques exercices d’étirements. « Tu as l’air en forme! » me dit le contrôleur. « C’est pas faux … ». Il faut dire que depuis quelques kilomètres on fait plus de la randonnée que de la course et je commence à avoir des fournis dans les jambes. Avec Stéphane nous continuons la descente qui devient plus technique. Il a du mal à suivre. Son genou le gêne. Voyant que j’ai retrouvé des ailes, il me dit de partir. Je quitte mon compagnon et continue la descente sur un très bon rythme. Je sais que le parcours passe par le centre de Ste Catherine et plus je descends dans le vallon et plus je me dis la montée va être dure. La descente est suivie d’une petite section plate puis d’un premier raidillon. Quand on lève la tête on voit le cloché de l’église de Ste Catherine perché tout en haut. Ca recommence à montée tranquillement au début puis d’un coup… le mur. Au moins pour tracer ce chemin ils ne sont pas embêter. Pas de virage… Tout droit! Juste avant le mur j’ai rattrapé un concurrent. Nous faisons la montée ensemble. C’est là que j’apprécie les bâtons. On arrive au centre de Ste Catherine. Mes jambes se sont bien alourdies. Là c’est sûr, les difficultés sont terminées. Ils ne restent qu’une douzaine de kilomètres avec rien d’insurmontable. A la sortie du village, nous récupérons le parcours de la Saintélyon. Dans la montée je décide de marcher afin de me refaire une santé. Mon nouveau compagnon à l’aire un peu plus en forme. Il s’éloigne tout doucement. Dès la fin de la montée je sens que mes jambes vont bien. Je décide de me remettre à courir, rattrape mon compagnon et lui fausse compagnie assez rapidement. La Bullière, on quitte le tracé de la Saintélyon et j’attaque la dernière grosse montée du parcours. En haut, c’est Accole, 93eme kilomètres et le dernier ravitaillement. Dès que la pente s’adoucit je me remets à courir. Je suis bien et en plus c’est la campagne des hauts du lyonnais, mon terrain d’entrainement, autant dire que là cela sent vraiment l’écurie. Je m’aperçois que depuis le dernier ravitaillement j’ai bu 2 litres d’eau. Je suis à sec, heureusement j’arrive au ravitaillement. Un autre coureur est déjà présent, assis dans un coin. Il me dit que cela fait 4 heures qu’il n’arrive plus à boire et à manger, il est « vidé ». Je ne m’aperçois pas que pendant qu’il me parle, je bois et je mange comme un goret. Mon attitude à l’air de le contrarier car d’un coup je le vois partir un peu plus loin pour évacuer le peu qui reste dans son estomac. Cela signe mon départ du ravitaillement. J’en ai profité pour ressortir les manchettes et la frontale. La nuit tombe et la température commence à baisser. A partir de là, j’ai l’impression d’être sur un nuage, je cours en permanence. Au loin je vois une lampe qui cherche son chemin. Je rattrape rapidement le coureur. C’est mon papy trailleur qui suit son petit bonhomme de chemin. Ce coup ci, c’est moi qui a la patate. Je le salut au passage. Un peu plus loin, je rattrape un autre concurrent. Les bandes réfléchissantes fixés au panneau indicateur me trace un boulevard vers l’arrivée. Au détour d’un chemin je vois les lumières du village de St Martin en hauts. Là, l’aventure va s’arrêter. En franchissant la ligne d’arrivée, Jean Pierre Molinari, l’organisateur, est obligé de m’arrêter. Je suis bien, je continuerais bien un petit peu…
Officiellement j’ai mis 16h13 pour 102km et 4000m de D+ (en faite, jardinage compris: 103.4km pour 4300m de D+), je suis content. J’arrive « bien », le temps a été idéal, le paysage superbe et l’organisation au petit oignon. Que demander de plus? Une autre…

Et mon partenaire virtuel?
J’ai été en phase avec lui jusqu’au 33km après tout doucement il m’a faussé compagnie. Il ne fait que ce qu’on lui dit de faire. Donc une modification des réglages des paramètres et l’ajout des temps de ravitaillement me permettront dans l’avenir de mieux affiner sa course.
Au final cette technologie (GPS, logiciel…) n’est qu’une aide et ne remplace pas l’effort du coureur avec ses moments de joie et de détresse.
Mais c’est un plus!