UTMB2011 – Un ultra 4 saisons

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Le tour du Mont Blanc! Une randonnée pour certain, une course pour d’autre.
J’ai choisi l’option course avec l’UTMB: l’Ultra Trail du Mont Blanc.

Au programme:

  • 166kmCarte-UTMB-2011
  • 9400m de dénivelé positif (montée) et autant de négatif
  • 8 cols à plus de 2000m
  • 3 pays traversés
  • 2300 coureurs
  • 62 nations représentées

Le tout non-stop et en moins de 46h. Pour les premiers c’est une course contre les autres, pour la grande majorité des autres c’est une course contre le temps et une aventure intérieure.

Pour y participer il faut monter patte blanche et prouver que l’on a de l’expérience dans ce type de course. Une fois l’inscription obtenue, il faut s’entrainer pour arriver, le jour J, en pleine possession de ses moyens.
Pour moi se sont 8 mois d’entrainement ponctués de quelques courses de longues distances et d’un stage de 3 jours autour du Mont Blanc.

Vendredi 26 Août:

Petit déjeuner dans un hôtel de Sallanches. Je viens de passer une bonne nuit. La radio est allumée et c’est l’heure des informations. L’animatrice annonce que le mauvais temps prévu pour la soirée va sûrement contraindre les organisateurs de l’UTMB à retarder le départ.
Tiens! Il y a un air de déjà vu. Est-ce que cette année, comme l’année dernière, l’épreuve va être annulée?
Je termine mon petit déjeuner, remonte dans ma chambre pour terminer de préparer mes affaires de course et pars en voiture en direction de Chamonix. Dans la voiture j’entends à la radio que c’est officiel: Le départ de l’UTMB est reporté à 23h30. Pourquoi pas! Je ne serai que plus reposé.

A Chamonix, je retrouve Jean-François avec qui j’ai fait la Lyon-SaintéLyon en fin d’année 2010. Il me propose de profiter de son logement pour me reposer. C’est beaucoup mieux que la voiture et en plus il a une super vue sur le mont blanc.

Vendredi 15h12 :

Un SMS de l’organisation arrive :

 "UTMB : Départ retardé à 23h30. Parcours inchangé sauf Vallorcine-Chamonix par le fond de vallée.".

Le départ, retardé à 23h30, oblige les organisateurs à raccourcir le parcours. Ce sera le parcours des éditions avant 2008. Soit ~156km et ~8400m de dénivelé positif.

Vendredi 16h16:

Un autre SMS arrive :

 "UTMB Time barriers: Conta. 5:30 Balme 7:30 Chapieux 10:45 Combal 14:30 Courm 
 17:45 Arnuva 22:45 Fouly 3:30 Champex 7:30 Trient 12:15 Vallo. 15:00 Cham. 19:00"

Les nouvelles barrières horaires! Autant dire quelles ont été rabotées un peu de partout. Quinze minutes par-ici. Une demi-heure par là. Il ne va pas falloir traîner.

Vendredi 23h00:

Avec Jean-François nous arrivons sur la ligne de départ. Il pleut mais les orages sont derrières nous. J’ai opté pour la tenue de cosmonaute: Pantalon de pluie, veste de montagne et gants imperméables.

Vendredi 23h29:

La tension monte. La place du triangle de l’amitié est bondée ainsi que les rues environnantes. Au top départ, impossible de courir. C’est la cohue. La rue piétonne de Chamonix est bondée. On se croirait au tour de France. Après 200m nous pouvons enfin nous mettre à trottiner en direction de Les Houches.
Malgré l’heure tardive, il y a des spectateurs un peu de partout.
Au ravitaillement des Houches je ne m’arrête pas et attaque directement la première montée en direction du col de Volza et de Délevret. Le peloton est dense et il est presque impossible de doubler ou alors il faut faire un gros effort. Je reste tranquillement dans le flux. Mon objectif est d’aller tranquillement à Courmayeur.
La descente sur St Gervais se fait sous la pluie dans un mélange d’herbe et de chemins boueux. Autant le dire tout suite: Je suis un très mauvais descendeur et s’il y en a un qui doit se retrouver sur les fesses… c’est moi. Ayant décidé d’arrivée en un seul morceau à Chamonix, je descends doucement. Malgré quelques figures de style j’arrive indemne à St Gervais.

St Gervais – 21km:

Heure: Samedi 3h00
Temps de course: 3h30
Classement: 1697
Où est Kilian: La Balme. J’ai décidé de vous montrer ma progression en la comparant avec le vainqueur de l’épreuve Kilian Jornet

Suivi_St_Gervais

Après un ravitaillement rapide je pars en direction des Contamines. Je ne me souviens plus de cette partie du parcours. La seule chose dont je me rappelle c’est que c’est loin d’être plat.

Les Contamines – 31km:

Heure: Samedi 4h48
Temps de course: 5h19
Classement: 1650
Où est Kilian: Les chapieux

Suivi_Contamines

A 4h45 j’arrive au Contamines. Juste à ce moment le speaker annonce que le groupe de tête vient de passer au Chapieux, soit 20km plus loin avec un col à 2500m au milieu. Autant dire qu’eux ils n’auront pas de problème avec les barrières horaires. Moi, je suis pour le moment large mais il ne faut pas que je m’endorme sur mes lauriers. Une soupe, quelques Tucs et me voilà reparti. Je sais que jusqu’à notre Dame de la gorge le parcours est presque plat. Je me mets à courir afin d’éviter de perdre inutilement du temps.

A notre Dame de la gorge la montée sur le col du Bonhomme commence et la pluie cesse enfin. Jusqu’à la Balme j’essaye de relancer dans chaque partie un peu moins pentue. Arrivé au ravitaillement ont nous conseille de bien nous couvrir car il fait froid au col. Je décide de mettre ma polaire. Pour cela j’enlève mes gants qui sont en principes imperméables… mais pas à l’eau. Ils sont trempés. Lorsque je les remets pour attaquer l’ascension mes doigts sont frigorifiés. Il me faudra une demi-heure de mouvement des doigts avant de retrouver des mains tièdes. Le peloton ne s’est pas en encore assez étiré et c’est en file indienne que nous montons au col. Le jour se lève enfin.
Au col, un peu de neige est présente au sol et des bouquetins nous font l’honneur de leurs présences. Nous continuons l’ascension en direction du col de la Croix du Bonhomme.
Au passage du col, nous attaquons la descente vers les Chapieux. Cette descente, je la crains. Fidèle à moi-même, je la descends vraiment doucement. Les quelques places gagnées dans la montée sont largement perdue dans la descente (je perds 60 places).

Les Chapieux – 50km:

Heure: Samedi 9h06
Temps de course: 9h38
Classement: 1405
Où est Kilian: Refuge Bertone

Suivi_Chapieux

Au ravitaillement les indicateurs physiques sont aux verts. Après un contrôle du matériel obligatoire j’attaque la longue montée sur route vers la ville des glaciers. Courir? C’est dur! Je préfère la marche rapide avec les bâtons surtout que l’on va enchaîner sur la montée vers le col de Seigne qui un des gros morceaux du parcours. Dans la montée j’entame la discussion avec un Japonais. Nous parlons anglais, mais son accent rends la compréhension par moment assez difficile. Ce n’est pas grave car on est là pour la même chose et le paysage met tout le monde d’accord… on est content d’être ici. Durant le reste de la course nous n’arrêterons pas de nous doubler.

Nous faisons la montée à un bon rythme. Vers 2000m d’altitude la neige commence à tomber. Plus on monte plus cela se densifie et autours du sentier le paysage blanchi. Arrivée au sommet nous basculons en Italie (« Forza! »).
Le début de la descente est technique. Je vais doucement car je sais qu’un peu plus bas la pente se radouci et qu’il est alors possible de courir. Cette zone jusqu’au ravitaillement du lac Combal fait partie des zone où je m’impose de courir afin de perdre le moins de temps possible.

Lac Combal – 65km:

Heure: Samedi 12h25
Temps de course: 12h57
Classement: 1273
Où est Kilian: La Fouly

Suivi_Combal

C’est en trottinant que j’arrive au ravitaillement. Le soleil pointe et la température augmente. J’en profite pour enlever mon pantalon de pluie et j’ouvre toutes les aérations de ma veste.

Un nouveau SMS arrive:

 "Info UTMB : Changement de parcours après Champex. Bovine inaccessible suite dégâts intempéries.
 Parcours dévié par Martigny. Parcours total = 170km, 9700mD+"

Waouh! Je m’étais mis dans l’idée que le parcours allait être plus court avec le passage dans le fond de la vallée de Chamonix, soit environ 156km et 8500m de D+. Maintenant, nous passons toujours par le fond de la vallée mais on nous ajoute 14km et 1200m de D+. Une paille… De surcroit aucune information sur les barrières ne nous est indiquée. Il ne va pas falloir mollir.
J’attaque la montée vers l’arrête du Mont Favre. Je suis loin de la négliger car elle est assez raide. Le soleil est apparu mais le fond de l’air reste frais et le vent augmente avec l’altitude. Le haut de l’ascension est à près de 2500m. Arrivée au sommet j’attaque la longue descente sur le col Chécrouit et Courmayeur. Elle n’est pas très technique (du moins au début) et il est vraiment tentant de se laisser aller. Le problème c’est qu’il reste près de 100km. Je décide de me retenir et de profiter du superbe paysage.

Courmayeur – 78km:

Heure: Samedi 15h30
Temps de course: 16h01
Classement: 1217
Où est Kilian: Martigny

Suivi_Courmayeur

Ce ravitaillement est aussi une base vie où il est possible de dormir. Je n’ai pas choisi cette option car je veux garder une marge sur les barrières horaires. Je récupère mon sac de change. Je nettoie mes pieds (les linguettes ont beaucoup de succès parmi les coureurs), change mes chaussettes et mon tee-shirt. J’en profite pour remplacer ma veste de montagne par ma veste légère imperméable. Le temps vire au très beau et même si en altitude le temps peut se dégrader rapidement cela devrait rester supportable avec cette veste. Je mange un plat de pâte et me voilà reparti. En sortant du ravitaillement je rencontre un Réunionnais. Il trouve le terrain pas assez technique et me dit que nous allons trop vite avec nos bâtons. C’est sûr que si on compare le parcours de l’UTMB avec celui du GRR, il y a une différence de technicité. Mais là-bas les barrières horaires sont aussi différentes.

Il me semble un peu cuit et nous nous dirigeons tranquillement en discutant vers de début de la montée sur le refuge Bertone. C’est cela qui est bien en ultra, on peut prendre le temps. Il suffit de garder en tête qu’il faut avancer. Un mètre fait en marchant c’est un mètre de moins vers l’arrivée. De plus en ayant un rythme plus lent on se repose… on investi pour l’avenir.
Au début de la montée nos vitesses sont trop différentes et je quitte mon compagnon.

Refuge Bertone – 82km:

Heure: Samedi 17h57
Temps de course: 18h28
Classement: 1167
Où est Kilian: Trient

Suivi_Bertone

L’arrivée au refuge se fait sous le soleil. Je ne m’attarde pas et j’attaque le long passage vers le refuge Bonatti. Ce passage est magnifique. Nous sommes au-dessus d’une vallée qui nous amène vers le col du Grand Ferret. Le versant sur lequel nous sommes est très verdoyant ce qui contraste avec le versant opposé qui est très rocheux (c’est le massif du Mont Blanc). Ce sentier, qui est à 2000m d’altitude, je l’ai parcours plusieurs fois par le passé et au mois de Juillet la prairie est rempli de fleurs multicolores. Un vrai plaisir visuel. Dommage en cette fin de mois d’Août il y a beaucoup moins de fleurs. Ce sentier est long et il y a peu de dénivelé. N’ayant pas trop forcé dans la dernière montée je me mets à trottiner afin d’éviter de perdre inutilement du temps. Je vais alterner marche et course jusqu’au refuge Bonatti.

Refuge Bonatti – 90km:

Heure: Samedi 19h28
Temps de course: 19h59
Classement: 1103
Où est Kilian: Argentière

Suivi_Bonatti

En arrivant au refuge la fatigue commence à se faire sentir. De plus nous sommes en fin d’après-midi et la température commence diminuer. Je prends le temps ajuster ma tenue. Je repars tranquillement jusqu’à Arnuva. Au programme une montée, puis on serpente le long de la montagne avant de descendre, d’un coup, directement au fond de la vallée sur le ravitaillement d’Arnuva.
En arrivant au–dessus d’Arnuva la nuit commence à tomber. Je n’avais pas prévu de sortir ma lampe avant le ravitaillement. De plus elle est au fond de mon sac et j’ai la flemme de m’arrêter. Je ralenti un peu mon rythme (qui n’est pas élevé) et attend le prochain coureur muni d’une frontale. Dès qu’il passe je me colle à lui et ne le lâche pas d’une semelle. C’est une nuit sans lune et nous passons dans les bois. C’est un peu limite par moment mais ma fainéantise prend le dessus sur l’envie de m’arrêter. Heureusement mon comparse du moment est un peu grillé et je n’ai pas trop de mal à le suivre jusqu’au ravitaillement.

Arnuva – 94km:

Heure: Samedi 20h55
Temps de course: 21h26
Classement: 1159
Où est Kilian: A Chamonix sous les flashs des photographes

Suivi_Arnuva

On annonce du brouillard, du vent et un temps froid au Grand col Ferret. Après une soupe chaude et un thé chaud je pars en direction du début de la montée. Je profite de la centaine de mètres qui nous sépare du début de la montée pour me gaver de Tuc que j’ai pris au ravitaillement. En levant la tête je vois des frontales repartis sur toute la montée. Elles semblent loin, très loin… Afin d’éviter dans prendre un coup au moral je décide de limiter au maximum de relever la tête et de me concentrer sur mon monde actuel, c’est-à-dire les 2 mètres éclairés qui sont devant moi. Cette montée est longue avec une pente assez importante. Avec environ 90km dans les jambes je l’a trouve dure.
Au sommet, je rentre enfin en Suisse (« ça joue ») et je viens passer le gros morceau du parcours. Je suis vidé et je n’ai plus de jambes. Le temps est frais, il y a du brouillard et du vent, mais le sol est sec. Je rage car la descente est longue et pas trop technique mais vu mon état je me résous à me mettre en mode randonneur.

Durant la montée j’ai reçu le SMS suivant:

 "UTMB New time barriers / Nouvelles barrières horaires : Trient 14:15 – Vallorcine 17:00 – Argentière 18:45 – Chamonix 21:00"

Les barrières horaires ont été recalculées mais le temps maximum (45h30) reste inférieur au temps initial (46h) alors que le parcours est plus long et qu’il a plus de dénivelé. Il ne va pas falloir traîner.
C’est long, très long et de nombreux coureurs me doublent. Je me conforte en me disant que plus tard se sera sûrement moi qui vais les doubler, c’est ça l’ultra, tu peux être au fond du trou à un moment puis retrouver tes moyens un peu plus loin. Dans la descente je rencontre plusieurs coureurs qui sont dans le même état que moi, mais eux ils ont décidés de se reposer sur le bord du chemin (voir de dormir). Arrivé à la Peule, à mi-descente, je suis cuit et j’ai un talon qui me fait mal. Je vois un coureur qui c’est allongé sur le bord du sentier pour se reposer. J’éteins ma lampe et m’assois pas loin de lui sur un rocher. J’enlève mes chaussures et contrôle l’état de mes pieds. Rien! Pas de bobo. Je remets mes chaussures. Je suis septique, la douleur est présente et pourtant visuellement je n’ai rien. A suivre…
Je suis à moins de 100m d’une bifurcation et un signaleur qui m’a vu m’arrêter et vient à ma rencontre afin de prendre de mes nouvelles. Je lui indique que tout va bien et que je désire uniquement me reposer quelques minutes. Le coureur à coté de moi, un anglais, se réveille et nous discutons un peu. Il m’offre un morceau de barre céréale et nous repartons ensemble vers La Fouly. Cela va un peu mieux mais le terrain devient plus technique. Je trottine dès que le terrain le permet. Arrivé au fond de la vallée nous attaquons une montée qui nous évite de devoir prendre la route pour aller à La Fouly. Ne connaissant pas ce morceau du parcours je l’imagine pas très difficile mais avec la fatigue je le trouve interminable. Arrivé en haut de la montée je suis encore cuit. Conséquence, je marche alors que la descente sur le village se fait sur un chemin carrossable. Je prends mon mal en patience surtout que mon pied me fait de nouveau mal.

La Fouly – 108km:

Heure: Dimanche 1h53
Temps de course: 26h25
Classement: 1115
Où est Kilian: Dans un bon lit douillet

Suivi_La_Fouly

Je suis content d’arriver à ce ravitaillement car psychologiquement j’ai le sentiment d’avoir passé un cap. J’apprendrai plus tard que Jean-François a été mis hors course à ce ravitaillement pour dépassement de la barrière horaire.

Je mange une grosse soupe de pâte, me gave de Tuc et prends une double ration de thé. J’ausculte mes pieds mais ne constate toujours pas problème. Par précaution j’applique de l’élastoplaste sur la zone concernée. Il est 2h du matin, cela fait plus de 26h que je suis sur les chemins et beaucoup plus que je suis éveillé. J’ai le choix, soit je me repose ici en dormant sur une table soit je vais au ravitaillement suivant (Champex-lac) qui est une base vie avec des couchettes. Avoir mangé et m’être posé sur un bac m’a fait du bien. Je décide de continuer afin de mettre encore plus temps entre moi et les barrières horaires, ce qui me laissera plus de temps pour me reposer. Je sais que les 10 prochains kilomètres sont faciles et en descente. Interdit de marcher dans cette zone! C’est la consigne que je me suis donné avant la course. Je vais sans trop de problème respecter mon objectif.
De jours, cette zone du Valais est vraiment jolie. Arrivé à Issert, au pied de la montée vers Champex, je me mets à marcher afin de récupérer. J’attaque la montée. Elle n’est pas très dure mais à chaque fois que je l’ai faite (4 fois) je me suis pris un gros coup de mou. Cette fois ce sont les hallucinations qui s’invitent dans la montée. Je prends un tronc pour un traileur en train de se reposer et les cailloux du sentier se transforment en animaux. J’ai le droit entre autre aux crocodiles, hippopotames et singes. Toute cette ménagerie me conduit tant bien que mal à Champex-Lac.

Champex-Lac – 123km:

Heure: Dimanche 5h38
Temps de course: 30h09
Classement: 937
Où est Kilian: Il dort encore. Le fainéant 🙂

Suivi_Champex

Je vais directement me coucher. Ces 30 minutes de repos sont réparatrices. J’en profite pour enlever mes chaussures afin que mes pieds se détente. Au réveille, je m’aperçois que j’ai dormi à coté de Kevin un ancien collège de travail. Nous mangeons un bon plat de pâte ensemble en discutant de notre course. Pour lui, c’était la troisième fois qu’il dormait. Comme quoi on n’est pas fait de la même manière.

Je décide de quitter Kevin, car même si j’ai de la marge sur les barrières horaires (+2h) il me reste encore 50km à faire et la journée s’annonce très chaude.
Je sors du ravitaillement au petit jour. Après quelques kilomètres nous quittons le parcours originel et attaquons la longue descente vers le fond de la vallée. Le sentier descend au plus court, il faut en permanence retenir ses foulées afin d’éviter d’être entraîné. Je suis content d’arriver en bas car mes cuisses sont en feu. Après une petite portion de plat nous attaquons une longue montée, au début sur route puis sur sentier. Je ne connais pas cette zone mais je monte avec l’idée qu’au sommet c’est le Col de la Forclaz. Arrivée au sommet je me rends à l’évidence que je me suis trompé et qu’au lieu de cela nous ré-attaquons une nouvelle descente qui met encore mes cuisses en feu. En bas nous sommes enfin à Martigny.

Martigny – 134km:

Heure: Dimanche 9h45
Temps de course: 34h16
Classement: 869
Où est Kilian: Après un bon déjeuner il doit être en train de répondre à quelques interviews.

Suivi_Martigny

Après un ravitaillement rapide j’attaque la surprise du jour: un kilomètre vertical en plein cagnard. Heureusement la pente, même si elle est raide, est régulière et peu technique. L’arrivée au Col de la Forcaz a des airs d’arrivée en altitude d’une étape du tour de France. Beaucoup de monde sont là pour nous applaudir et nous encourager. Cela met le moral au taquet surtout qu’en face de moi se trouve la dernière grosse difficulté du parcours: Les Tseppes puis Catogne. Je suis remonté comme un coucou et attaque la descente qui m’amène à Trient.

Trient – 138km:

Heure: Dimanche 11h58
Temps de course: 36h30
Classement: 791
Où est Kilian: Il attaque sûrement un bon plat de pâte sur une terrasse ensoleillée.

Suivi_Trient

A l’arrivée au ravitaillement on m’annonce que je suis le 800e coureur (en faite un peu moins). Je suis étonné car je pensais être plus loin dans le classement. Je fais un rapide calcul et me dit que je peux peut-être passer sous les 40h si je ne traîne pas.

Je fais cette montée à un bon rythme par contre le passage entre les Tseppes et Catogne qui n’est pourtant pas difficiles me semble interminable.

Catogne – 143km:

Heure: Dimanche 13h40
Temps de course: 38h12
Classement: 731
Où est Kilian: Il fait la sieste

Suivi_Catogne

C’est fini. Je passe enfin la dernière grosse difficulté du parcours. Cela sent l’écurie… J’attaque la descente très prudemment car je n’ai vraiment pas envie de me blesser maintenant. Je préfère m’économiser car je sais que j’ai encore environ 20km à faire.

Vallorcine – 148km:

Heure: Dimanche 14h53
Temps de course: 39h24
Classement: 723
Où est Kilian: Pas bien loin du podium pour recevoir les honneurs qui lui sont dus.

Suivi_Vallorcine

Au bas de la descente c’est la foule. Je suis encouragé par mon prénom (il est marqué en gros sur le dossard) et j’arrive au ravitaillement hyper-motivé. En sortant de la tente je retrouve le coureur Réunionnais que j’ai croisé à la Sortie Courmayeur. Il avait surement dû me doubler lors de mon coup de mou de la nuit précédente. Il m’indique qu’il ne peut plus courir et qu’il ne sait pas s’il va continuer. Je le motive en lui disant qu’il a 4 heures pour faire les 16 derniers kilomètres en marchant. J’arrive à le décider en lui indiquant que de surcroit il n’y a pas plus de difficulté.

Je repars en marche rapide en direction du col des motets. Au col j’attaque la descente sur Argentière. A partir de là je ne connais plus le parcours. J’ai dans l’idée que c’est un parcours facile sans difficulté. Au fur et à mesure que j’avance, je revois à la hausse mon objectif temps. Adieu les 40 heures…

Argentière – 161km:

Heure: Dimanche 16h10
Temps de course: 40h41
Classement: 697
Où est Kilian: Si le protocole est terminé alors il est en train de penser à fermer ses valises pour rentrer chez lui.

Suivi_Argentiere

Je suis vraiment très bien accueilli par les bénévoles. Personnellement, j’essaye toujours d’être courtois avec eux. Un bonjour en arrivant, des mercis quand ils me servent et enfin un « au revoir » ou « bonne journée » en partant. Cela leurs fait plaisir et en général ils sont beaucoup plus attentionné envers moi. Après quelques blagues sur le repas gargantuesque qu’ils se préparent pour le soir (les restes du ravitaillement), je pars en trottinant du ravitaillement. Dans les rues d’Argentière, les voitures me klaxonnent et on m’encourage. Après quelques centaines de mètres, je prends un sentier qui m’éloigne de la route principale. Je me rends compte alors que mon aventure touche à sa fin. Bien sûr, il me reste encore 9km mais je suis dans le fond de la vallée. Terminé les paysages à couper le souffle et les prairies verdoyantes à flanc de montagne. D’un coup la pression, qui me permettait d’avancer, retombe. De surcroît, je me rends compte que je peux faire une croix sur les 41h et que si je continue à la vitesse actuelle les 42h risque d’être bien entamée.

De plus le sentier est loin d’être aussi roulant que je le pensais. Il est jonché de cailloux qu’il faut éviter et il remonte pour au final surplomber la vallée.
Je vois de plus en plus de monde sur le sentier qui viennent à la rencontre des coureurs. J’en conclue que je ne dois pas être très loin de Chamonix. Cela me redonne des ailes et je me remets à courir.

Chamonix – 170km:

Je rentre en courant dans Chamonix. Le parcours serpente dans les rues de la ville au milieu d’une foule conséquente. Je rejoins un coureur. On nous m’applaudit et nous félicite. Je décide de ralentir afin que l’autre coureur prenne un peu d’avance afin de pouvoir en profiter pleinement du moment présent. Les 200 derniers mètres me donnent l’impression d’être à l’arrivée du tour de France. Du monde de partout, la musique, le speaker qui annonce mon arrivé, les applaudissements…

Je franchis l’arrivée avec une joie intérieure énorme. Moi qui m’étais motivé pendant toute le course en me disant que j’arriverai en levant les bras comme si c’était moi qui venais de gagner la course ou alors d’embrasser le sol en signe d’arrivée en terre promise. Rien! J’intériorise.

C’est fini!:

42h23, c’est mon temps pour faire la boucle avec uniquement 30 minutes de repos couché.
Mon classement de 669eme sur 1133 arrivants n’est pas mauvais car ma préparation a été chaotique. Il est à noter qu’un peu plus de 52% des partants (2369) ont abandonnés ou ont été mis hors course sur dépassement des barrières horaires. Cela me conforte dans mon idée que cette aventure, si on veut en profiter pleinement, ne doit être tentée que si on atteint un niveau minimum car sinon à la difficulté de la course vient s’ajouter le stress des barrières horaires. Pour ma part, il m’a fallu attendre 120 kilomètres pour me sentir sereins et commencer à vraiment profiter des paysages et de l’aventure.

Analyse de mon périple:

Afin d’analyser mon périple j’ai créé le graphique ci-dessous. On peut y voir ma progression dans le temps. J’ai aussi ajouté la progression de Kilian Jornet, le vainqueur de l’épreuve en 20h36, afin d’avoir un point de repère. Autant dire qu’il y a un monde entre nous deux mais lui est jeune et c’est un professionnel.

Comparaison_Jornet_PDE

On peut constater que c’est entre le Grand col Ferret et Martigny que je suis le plus lent (là où la pente de la courbe est la plus raide). Cela s’explique par le fait que cette période correspond à la deuxième nuit et à la longue descente (avec une belle bosse au milieu) sur Martigny.

Cet autre graphique montre le nombre d’arrivant par tranche horaire de 30 minutes. J’arrive juste avant la cohue 🙂
On remarque que vers 36h et 38h il y a une augmentation temporaire des arrivées.

Arrivee_par_30min_par_categorie

 

Et le physique dans tout cela?

Pendant quinze 15 jours j’ai traîné une fatigue de fond. J’ai eu peu de courbatures ce qui peut s’expliquer par le fait que l’effort est réparti dans temps.
Par contre, pendant plus d’une semaine mes pieds ont été sensibles ce qui m’a obligé à être au maximum les pieds nus.

Conclusions:

Ce format de course, qui était pour moi une première, est très exigeant et la gestion du repos et le mental y sont essentielles. J’ai aimé le coté aventure et découverte de cette course. Découverte des autres grâce à toutes les nationalités qui sont représentées et découverte de la montagne. Parcourir 3 pays différents avec des paysages variés dans une même course n’est pas une chose courante.

Je terminerai par cette citation que j’ai trouvé il y a peu de temps sur un forum:
« Personne ne nous avait dit que c’était impossible… alors nous l’avons fait ». Je ne sais pas de qui elle est, mais je l’aime bien!

Bonus:

Comme sur les DVD je mets ci-dessous quelques liens sur des vidéos Youtube qui montrent l’ambiance et les paysages traversés. De très belle image qui me rappelle de très bon souvenir.

La vidéo d’Eurosport France sur la course.

La vidéo de Chamonet.com

Une vidéo Salomon.

La vidéo The North Face

Le compte rendu vidéo de la course fait par The North Face. Elle contient de belles images de la course (Les paysages, le public…)
http://www.youtube.com/watch?v=Ye1IFdIAJYk